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Réjean Ducharme

Extrait de L'Hiver de force, Éditions Gallimard, 1973,p. 151

"On sent qu'on va se sentir mieux quand on sentira bon. Frotte-moi fort, que ça parte en lambeaux, comme une mue. La peau de mon dos dort; frotte, frotte-la-moi bien fort. Cours chercher les ciseaux puis coupe mes cheveux. Ras! Comme un soldat qui a de l'estomac puis qui se dégonfle pas! Donne ton sein, agnus dei pour planter mes poignards, pour éclater mes obus, pour que ma bouche pourrie morde et loge son venin, pour emmitoufler mon cri, l'endormir, le faire rêver. Mange mon nez, mange mes pieds, vorace-moi toute; que tes dents crèvent les ampoules qui soulèvent ma peau, que tu lèches les gousses éclatées de tout ce mal. L'extrémité des caresses, c'est la mort; arrêtons-nous en pleine rage, au coeur du geste. Mourir, il ne faut pas être bien intelligent pour se donner la peine de faire ça, car c'est sans conséquences. Le propre de ta mort, c'est de ne rien te faire."

                                                  

Ecrit par Audreyelise, le Lundi 22 Novembre 2004, 15:51 dans la rubrique Extraits .

Commentaires :

Audreyelise
Audreyelise
22-11-04 à 16:02

La beauté au travers du laid

Toute la force de cet extrait réside dans le choix des mots; la rythmique des consonnances. Réjean Ducharme manie l'art poétique de la description, il réussi à faire ressentir: les sentiments de ses personnages aux lecteurs. Et ce, par l'association de mots crus, empruntés à un registre plutôt macabre et sombre, à des idéaux de pureté. Ainsi, il crée une atmosphère lourde; où le réel se fond avec la fiction. Il se permet de jouer sur les nuances et les sonorités pour faire naître un certain dégoût, mais aussi une certaine empathie pour ces personnages en détresse. Ceux-ci, ne demandent pas mieux que de se laver de cette crasse mal odorante qui les poursuit inévitablement; celle liée à la race humaine!